Écoles, grands corps, clubs, banques, cabinets de conseil, médias, think tanks, lobbies et réseaux internationaux : comment se construisent les connexions autour du pouvoir en France ?
On représente souvent le pouvoir comme une pyramide.
Au sommet : le président de la République, le gouvernement, les ministres, les dirigeants des grandes administrations et les patrons des principales entreprises.
Mais cette représentation ne montre qu’une partie de la réalité.
Le pouvoir fonctionne aussi comme un réseau.
Des personnes se rencontrent à l’école, travaillent ensemble dans l’administration, se retrouvent quelques années plus tard dans une banque, un cabinet ministériel, une grande entreprise, un think tank ou une institution internationale.
Certaines trajectoires se croisent une seule fois.
D’autres se croisent encore et encore.
Et c’est précisément là que commence l’enquête de LES RÉSEAUX DU POUVOIR — Qui influence vraiment ceux qui nous gouvernent ?
Le pouvoir ne commence pas à l’Élysée
Pour comprendre ceux qui gouvernent, il faut souvent remonter bien avant leur arrivée au pouvoir.
Sciences Po.
L’ENA, puis l’Institut national du service public (INSP).
Polytechnique.
HEC.
L’École normale supérieure.
L’Inspection générale des finances.
Le Conseil d’État.
La Cour des comptes.
Ces institutions ne fabriquent évidemment pas toutes les décisions politiques.
Mais certaines d’entre elles jouent un rôle majeur dans la formation, le recrutement ou les trajectoires de cadres supérieurs de l’État.
L’INSP, créé le 1er janvier 2022 pour succéder à l’ENA dans la formation initiale des hauts fonctionnaires, se définit ainsi comme l’opérateur public de référence pour le recrutement, la formation initiale et la formation continue des cadres supérieurs et dirigeants de l’État.
La première question devient donc très simple :
Qui connaissait qui avant d’arriver au pouvoir ?
Puis une deuxième apparaît :
Que deviennent ces relations dix ou vingt ans plus tard ?
Du public au privé… puis parfois du privé au public
Une carrière n’est plus nécessairement linéaire.
Un haut fonctionnaire peut rejoindre une entreprise.
Un dirigeant du secteur privé peut intégrer un cabinet ministériel ou occuper une fonction publique.
Un conseiller politique peut travailler pour une grande entreprise avant de revenir dans l’administration.
Un responsable public peut ensuite rejoindre une banque, un cabinet de conseil, une organisation professionnelle ou une entreprise qu’il a précédemment côtoyée dans l’exercice de ses fonctions.
Cette circulation entre les secteurs public et privé est suffisamment importante pour faire l’objet d’un contrôle institutionnel spécifique.
La Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP) contrôle ainsi certaines mobilités professionnelles entre secteurs public et privé afin d’identifier d’éventuelles incompatibilités ou risques déontologiques.
Le phénomène est souvent résumé par un mot : pantouflage.
Mais pour comprendre un réseau de pouvoir, regarder uniquement les mouvements individuels ne suffit pas.
Il faut observer les trajectoires qui se croisent.
Qui travaillait avec qui ?
À quelle période ?
Dans quelle institution ?
Qui retrouve-t-on cinq, dix ou vingt ans plus tard ?
Et ces personnes interviennent-elles de nouveau dans les mêmes dossiers ou les mêmes lieux de décision ?
Les lieux où les mondes se rencontrent
Il existe ensuite des structures moins connues du grand public mais parfaitement identifiables et, pour beaucoup, documentées.
Clubs.
Fondations.
Think tanks.
Organisations patronales.
Cabinets de conseil.
Institutions financières.
Cercles de réflexion.
Organismes internationaux.
Forums économiques.
Associations professionnelles.
Certaines réunissent des responsables politiques.
D’autres des chefs d’entreprise.
D’autres encore des journalistes, universitaires, experts, diplomates ou hauts fonctionnaires.
L’intérêt n’est pas de considérer automatiquement l’appartenance à l’une de ces organisations comme une preuve d’influence.
Ce serait une erreur.
L’intérêt consiste à rechercher les recoupements.
Lorsqu’une même personne apparaît successivement dans plusieurs lieux de pouvoir, lorsqu’elle retrouve les mêmes interlocuteurs et lorsque ces trajectoires convergent vers des fonctions de décision, le réseau commence progressivement à devenir visible.
Médias, experts et sondages : ceux qui structurent aussi le débat
Le pouvoir ne consiste pas uniquement à signer un décret, prendre une décision administrative ou voter une loi.
Il existe également un pouvoir de sélection et de mise à l’agenda.
Quels sujets deviennent importants ?
Quels experts sont invités ?
Quels chiffres sont repris ?
Quels sondages deviennent des événements politiques ?
Quels rapports sont abondamment commentés ?
Quels sujets disparaissent au contraire rapidement du débat public ?
C’est pourquoi LES RÉSEAUX DU POUVOIR s’intéresse également aux médias, aux instituts de sondage, aux experts, aux économistes, aux producteurs d’études et aux structures qui alimentent le débat public.
Non pour affirmer qu’ils obéissent tous à une direction commune.
Mais pour comprendre comment circule l’information entre ceux qui produisent les analyses, ceux qui les diffusent et ceux qui prennent les décisions.
De Paris à Bruxelles, Washington, Davos ou l’OTAN
Les réseaux ne s’arrêtent évidemment pas aux frontières françaises.
Une partie des responsables politiques, hauts fonctionnaires, dirigeants d’entreprises, experts et conseillers français fréquente également des institutions européennes, des organismes internationaux, des forums économiques ou des réseaux transatlantiques.
Bruxelles occupe naturellement une place importante dans cette cartographie.
Mais d’autres espaces apparaissent également lorsqu’on suit les trajectoires : institutions internationales, conférences, organismes économiques, structures diplomatiques, think tanks et forums privés.
Là encore, une présence ne démontre rien à elle seule.
C’est l’accumulation et la nature des connexions qui deviennent intéressantes.
Un nom.
Puis deux institutions.
Une fonction publique.
Une entreprise.
Un cabinet.
Un réseau international.
Une nomination.
Et parfois, des années plus tard, une nouvelle rencontre entre plusieurs des mêmes personnes.
La question fondamentale : qui nomme qui ?
C’est probablement l’une des questions les plus importantes de l’enquête.
Dans une démocratie, de nombreuses fonctions importantes ne sont pas attribuées directement par les électeurs.
Elles résultent de nominations, de propositions, d’élections internes, de procédures administratives, de décisions gouvernementales ou de mécanismes institutionnels.
Il faut donc suivre non seulement les personnes qui occupent les postes, mais également les mécanismes qui les ont conduites à ces fonctions.
Qui propose ?
Qui recommande ?
Qui choisit ?
Qui valide ?
Qui connaissait déjà le candidat ?
Et que deviennent ensuite les différents protagonistes ?
C’est en reconstituant ces chaînes que certaines structures invisibles dans un organigramme classique commencent à apparaître.
Ne pas confondre connexion et preuve
C’est une règle fondamentale de cette enquête.
Deux personnes qui appartiennent au même organisme ne sont pas nécessairement proches.
Deux dirigeants qui se rencontrent ne constituent pas automatiquement un réseau d’influence.
Une nomination intervenue après une rencontre n’établit pas à elle seule un lien de causalité.
Une carrière dans une banque, un cabinet de conseil, une entreprise ou un grand corps de l’État ne constitue pas en elle-même une preuve de collusion.
C’est pourquoi chaque connexion doit être qualifiée.
Certaines sont documentées.
Certaines sont institutionnelles.
Certaines sont professionnelles.
Certaines sont personnelles lorsqu’une source permet de l’établir.
Certaines ne sont que chronologiques.
Et certaines hypothèses doivent tout simplement rester des hypothèses lorsqu’aucun document ne permet d’aller plus loin.
La carte ne doit jamais dire davantage que les sources.
Suivre les documents plutôt que les récits
C’est le principe qui guide toute l’enquête.
Rapports parlementaires.
Auditions.
Décrets.
Décisions administratives.
Registres publics.
Déclarations officielles.
Documents institutionnels.
Biographies professionnelles.
Rapports annuels.
Archives.
Publications d’organisations.
Articles de presse recoupés.
Chaque information importante doit, autant que possible, pouvoir être remontée jusqu’à sa source.
Le lecteur doit pouvoir vérifier.
Et lorsqu’une information ne peut pas être établie avec suffisamment de certitude, elle doit être présentée comme telle.
Une carte du pouvoir plutôt qu’une théorie du pouvoir
Le but de LES RÉSEAUX DU POUVOIR n’est donc pas de prétendre qu’une poignée d’individus contrôlerait secrètement la France.
La réalité est beaucoup plus complexe.
Le pouvoir est fragmenté.
Les intérêts sont parfois communs et parfois opposés.
Les réseaux peuvent coopérer sur un sujet et s’affronter sur un autre.
Mais certaines personnes occupent des positions particulières.
Elles relient plusieurs mondes :
- administration et finance ;
- politique et entreprise ;
- Paris et Bruxelles ;
- industrie et État ;
- think tanks et cabinets ministériels ;
- médias et expertise ;
- France et réseaux internationaux.
Ce sont ces personnes-ponts qui permettent progressivement de passer d’une succession de biographies individuelles à une véritable cartographie.
Et si la meilleure façon de comprendre le pouvoir était simplement de suivre les connexions ?
Une personne seule raconte une carrière.
Dix personnes racontent une génération.
Cent personnes commencent à dessiner un réseau.
Lorsque les mêmes écoles, les mêmes institutions, les mêmes entreprises, les mêmes clubs et parfois les mêmes noms réapparaissent au fil des décennies, une autre manière de regarder le pouvoir devient possible.
Non plus seulement :
Qui gouverne ?
Mais :
D’où viennent ceux qui gouvernent ?
Avec qui ont-ils travaillé ?
Par quelles institutions sont-ils passés ?
Qui les a nommés ?
Et quels chemins relient réellement les différents centres de décision ?
C’est cette carte que LES RÉSEAUX DU POUVOIR — Qui influence vraiment ceux qui nous gouvernent ? entreprend de construire.
Document après document.
Nom après nom.
Connexion après connexion.
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Sources et documents officiels
-
Institut national du service public (INSP) — Missions
https://www.insp.gouv.fr/linstitut/qui-sommes-nous/missions
-
INSP — Tronc commun aux écoles de service public
https://www.insp.gouv.fr/formation-initiale/eleves-issus-des-concours/tronc-commun-aux-ecoles-de-service-public
-
Inspection générale des finances (IGF)
https://www.igf.finances.gouv.fr/
-
Conseil d’État — Les missions du Conseil d’État
https://www.conseil-etat.fr/qui-sommes-nous/le-conseil-d-etat/missions
-
Cour des comptes
https://www.ccomptes.fr/
-
Haute Autorité pour la transparence de la vie publique — Le contrôle de la mobilité public/privé
https://www.hatvp.fr/la-haute-autorite/la-deontologie-des-responsables-publics/controle-mobilite/
-
HATVP — Ressources sur les mobilités entre les secteurs public et privé
https://www.hatvp.fr/ressources-documents-utiles/


